Démarrer une relation D/s

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Vous êtes nombreux à me demander comment transformer la relation vanille dans laquelle vous êtes en relation D/s (je crois comprendre que, pour la plupart d’entre vous, cela n’est pas 24/7, mais mes conseils s’appliquent pour à peu près toutes vos intentions, si vous ne souhaitez pas du 24/7, dites-vous que je ne parle que des moments où la relation a une dynamique D/s).

La situation

Vous êtes déjà en couple, depuis 2 jours ou depuis 2 ans, ça n’a pas d’importance, et vous “sentez” qu’une dynamique implicite s’est dessinée dans votre relation. Vous vivez des petits instants flottants lors desquels vous constatez clairement un déséquilibre du pouvoir, et ce déséquilibre vous plaît. Peut-être avez vous des activités sexuelles lors desquelles vous voyez votre partenaire prendre des initiatives de puissance ou de retenue.

En tant qu’individu, vous sentez qu’il y a une place, dans votre couple, que vous préférez occuper.

Attention, ce n’est pas la place que vous occupez par défaut, celle que vous prenez parce qu’il faut bien la prendre. Nombreux sont les subs qui prennent les décisions, s’occupent d’eux, de leur partenaire et de leurs enfants parce qu’il faut bien que quelqu’un le fasse. Dans les relations vanilles, je prenais toujours la place de “maman” de mon couple. J’étais celle qui faisait les reproches, qui donnait les directives, qui préparait les vacances, prévoyait les repas, prenait les décisions sur le budget etc…C’était ma place, une place que je prenais par défaut, parce que mon partenaire ne la prenait pas. Mais ce n’était pas la place à laquelle je me sentais bien, ce n’était pas ma place naturelle.

Peut-être aimez-vous ou aimeriez-vous cette place de “chef de famille”, peut-être chez vous les choses sont elles répartie de manière équitable, mais équitable ne signifie pas équilibré pour vous. Peut-être voudriez-vous prendre plus de choses en main, prendre plus de décision, voir votre partenaire vous obéir, vous servir, vous respecter davantage, faire preuve d’humilité face à vous, tout cela de son plein gré, parce qu’il ou elle le veut, le désire et se sent bien à cette place. Vous pensez que cela vous rendrait heureux et vous voulez le faire avec un partenaire que cela rendrait heureux.
Peut-être, au contraire, ressentez vous une certaine admiration quasiment viscérale pour votre partenaire. Vous aimeriez le servir, lui montrer votre gratitude et votre envie de le ou la rendre heureux(se). Vous sentez que vous pourriez confier votre vie à votre partenaire, en toute confiance, sans craindre un seul instant qu’il ou elle vous fasse du mal. Et pourtant, vous aimeriez bien qu’il ou elle vous fasse mal.

Bienvenue sur la petite pente du D/s !

L’échange de pouvoir  

Une relation D/s repose sur le principe du “Power Exchange” (Echange de Pouvoir). Une personne soumise va donner tout ou partie de ses pouvoirs sur elle-même au profit d’une personne Dominante. La répartition du pouvoir dans le couple devient inéquitable.

Vous pouvez n’échanger au départ qu’une toute petite partie du pouvoir. Décider de règles qui ne touchent qu’à certains aspects de la vie. Ca peut n’être que sexuel, ça peut ne concerner que les repas, le service domestique, la façon de s’adresser l’un à l’autre, le port de certains accessoires etc.

Si la répartition du pouvoir dans le couple est inéquitable, elle n’est cependant pas génératrice d’un déséquilibre. Car dans l’échange de pouvoir il y a bel et bien un échange. Le soumis abandonne son pouvoir en échange de protection et de prévenance. Le Dominant, en acceptant la soumission volontaire de son partenaire, accepte la responsabilité de la sécurité physique et mentale de ce dernier. Il est garant de son bien-être selon ses règles.

Faire mal et faire du mal

Que vous soyez Dominant ou soumis, avant de vous lancer dans le grand chantier de l’établissement d’une relation D/s vous devez comprendre la nuance abyssale entre faire du mal et faire mal.

Faire mal c’est infliger une douleur salvatrice. C’est la passion. Passion est un mot d’origine grecque et latine (c’est rare, c’est bien la preuve que c’est un mot super cool) signifiant, au départ “souffrance” “supplice”. Dans la religion catholique, la Passion du Christ décrit les événements qui ont précédés la mort de Jésus, il représente l’ensemble des souffrances que le Christ a enduré pour faire pardonner les péchés des Hommes. Un ensemble de souffrances pour un propos plus grand que soi : l’Amour. Qu’il soit l’Amour de Dieu ou l’Amour d’un Maître, la passion est le fruit d’une dévotion à quelqu’un que l’on admire.

Il peut paraître un peu excessif de comparer un Maître à un Dieu, mais la comparaison est pourtant assez logique quand on y réfléchit bien. Agir pour quelqu’un, même lorsque celui-ci est absent, s’infliger des contraintes parce que l’on croit que ces contraintes sont bonnes, parce que l’on croit en la bonté et l’Amour sans faille de l’autre, ça a presque quelque chose de divin. Divinement païen, en somme. On accepte d’avoir mal, de se contraindre, d’aller contre sa volonté propre pour la volonté d’un autre parce que l’on sait que l’autre s’il nous impose certains maux, ne nous fera jamais DU mal.

Lorsque mon Maître m’impose des contraintes, qu’il me demande de suivre des règles, je le fais qu’il soit là pour me voir le faire ou non. Je suis les règles car je crois fermement que ces règles sont là pour me rendre meilleure, pour faire de moi, humblement, une personne épanouie et heureuse. C’est le but de tout Dominant, l’objectif de tout soumis.

Faire du mal c’est infliger une souffrance vaine, une souffrance perverse qui ne sert aucun propos sinon la douleur. Une souffrance (qu’elle soit psychologique ou physique) qui se contente d’elle-même, qui veut anéantir, rendre malheureux et ne sert pas celui qui la subit, seulement celui qui l’inflige (et encore, pas longtemps). Faire du mal c’est générer une souffrance sur l’instant mais qui ne s’arrête pas quand l’acte de souffrance se termine, c’est faire souffrir même lorsque l’on ne veut plus faire souffrir, c’est infliger des séquelles. Tout Dominant doit absolument éviter de faire du mal, aucun Dominant de doit vouloir faire du mal intentionnellement.

Lorsque mon Maître m’ignore parce que j’ai mal agi mais que je ne sais pas ce que j’ai fait de travers, il me fait du mal. La punition ne correspond à aucune faute et je souffre sans que la souffrance ne m’apporte quoi que ce soit, elle ne m’aide pas à améliorer mon comportement, elle fait de moi une fille triste et ébranle ma confiance en moi et la confiance que j’accorde à mon Maître.

Si vous souhaitez vous lancer dans une relation D/s et que vous êtes dominant appliquez-vous à ne jamais faire du mal. Si vous êtes soumis, n’acceptez jamais que l’on vous fasse du mal.

Si cela arrivait tout de même, veillez à en parler !

L’introspection

Tout commence avec une sérieuse introspection. Seul ou avec votre partenaire, vous allez définir de ce que vous voudriez comme relation et vous poser certaines questions :

  • Qu’attendez-vous d’une relation D/s ?
  • Quels pans de votre vie voulez vous soumettre à un Dominant ?
  • Etes-vous conscient de l’énergie que l’établissement d’une telle relation vous demandera ? Etes-vous prêt à y consacrer du temps ?
  • Qu’attendez-vous de votre Dominant ou de votre soumis ?
  • Quelle est la place de votre ego dans votre relation ? Etes-vous prêt à abandonner cet ego (que vous soyez Dom ou sub) ?
  • Avez-vous peur de la douleur ? Y’a-t-il des choses que vous n’êtes pas prêt à accepter ?
  • Que voulez-vous améliorer chez vous ? Comment souhaiteriez-vous y être aidé ?
  • Que voulez-vous cultiver chez vous ?
  • Qu’est-ce qui vous fait envie, vous excite ?
  • Quels sont vos fantasmes ? A quelle catégorie appartiennent-t-ils ?

La communication

Vous vous sentez d’attaque ? Tenté de vous lancer dans l’aventure avec votre partenaire ?

C’est le moment d’utiliser la compétence la plus importante du D/s et du BDSM : la communication.

Si vous êtes réticent à l’idée de parler, alors ce n’est peut-être pas encore le moment pour vous de commencer une relation de ce type qui nécessite de parler, beaucoup, tout le temps, de tout, sans tabou. Il va falloir exprimer vos envies clairement, répondre à des questions intimes, poser des limites claires.

Dans le D/s il n’y a pas de place pour l’implicite. Si vous êtes soumis, vous devez exprimer vos doutes, expliquer quand quelque chose ne va pas, vous dérange ou vous met mal à l’aise.

Si vous êtes Dominant, vous devez donner clairement vos intentions, être capable d’expliquer ce que vous voulez, pourquoi vous le voulez et sous quelles conditions. Vous devez mettre à l’aise votre partenaire, l’assurer de vos sentiments et de votre empathie.

Vous allez devoir commencer par une très longue conversation sur ce que vous attendez de l’autre, comment vous aimeriez que l’autre agisse, ce que vous attendez de la relation et ce que vous êtes prêt à faire, ce que vous refusez de faire. Cette conversation peut se faire à bâtons rompus OU elle peut être très cadrée.

Ensuite vous ne devrez jamais cesser de communiquer. Vous ne devez pas laisser pourrir les problèmes, il faut communiquer tout de suite afin d’éviter les disputes qui pourrissent les relations (et les relations D/s dans une plus grande mesure car cela peut détruire la soumission ou la Domination).

La WWW list

La WWW list correspond à “Want Will Won’t” liste (je veux, j’accepte, je refuse). C’est une liste à trois colonnes que chacun fait de son côté puis compare avec celle de son partenaire pour y trouver des envies communes.
Elle peut être sexuelle mais aussi discuter le quotidien.
Je veux correspond aux activités ou pratiques que vous aimeriez faire ou tester.
J’accepte correspond aux activités ou pratiques qui ne vous intéressent pas particulièrement mais que vous êtes prêt à faire ou tester (il peut y avoir des conditions).
Je refuse correspond aux activités ou pratiques que vous ne souhaitez faire sous aucun prétexte ou sujet. C’est ce qu’on appelle une “hard limit”. Cela peut constituer des conditions.


Exemple :

Je veux : que l’autre prenne les décisions pour le menu du repas
J’accepte : manger des choses que je n’aime pas particulièrement
Je refuse : de manger du salsifi

Je veux : du sexe anal
J’accepte : le sexe, les doigts, un gode
Je refuse : de le faire sans avoir pris une douche au préalable, le fisting

Certaines catégories peuvent évidemment être vides dans un sujet

Je veux : être ligoté
J’accepte :
Je refuse : de l’être hors de la présence de mon partenaire

Je veux :
J’accepte : de soumettre mon emploi du temps
Je refuse : d’annuler des RDV médicaux ou avec ma famille

Je veux :
J’accepte :  
Je refuse : les pratiques sexuelles incluant des animaux

La liste peut s’étoffer, se modifier, se compléter MAIS jamais sans le consentement et une discussion avec le partenaire.

 

Mettre en place des règles : la négociation

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les règles ne sont pas l’apanage des Dominants. Ce n’est pas le Dominant qui, seul, établit les règles. Si c’est lui qui les dicte, elles sont le fruit d’une négociation qui peut se baser sur la WWW list et sur les conversations.

Quelques règles sur les règles :

  • Inutile d’avoir de trop nombreuses règles. C’est angoissant de devoir d’un coup retenir beaucoup de choses. Certaines règles pourraient être oubliées par le soumis et/ou par le Dominant. C’est une sensation très désagréable d’enfreindre une règle, de s’excuser de l’avoir fait et que le Dominant montre qu’il n’avait pas remarqué.
  • Evitez d’avoir des règles qui ont de trop nombreuses exceptions ou qui vont être trop dures à mettre en place.
  • Ne faites pas de règles qui vont forcément être enfreintes. Le but des règles dans le D/s est qu’elles soient suivies à la lettre. Vous aurez tout le loisir de faire du role-play de “Olala tu as été une mauvaise fille je vais te punir”, inutile de créer des “fausses règles”, les règles sont une base de confiance qui permet au soumis de savoir quand il est en tort ou quand il est dans les clous. Il ne faut pas de règle injuste.
  • Aucune règle ne doit contrevenir à un ou plusieurs principe(s) du BDSM : sûr, sain et consenti. Toute règle doit pouvoir être suivie en sécurité, de manière saine et avec le consentement des deux partenaires.
  • N’hésitez pas à écrire les exceptions à certaines règles noir sur blanc

Vous n’êtes pas obligés d’en faire un contrat, pas obligés de faire une cérémonie. Vous faites ce que vous voulez ! Le tout est que les règles soient explicites et négociées.

 

Conclusion 

Le D/s, ça n’est pas pour tout le monde, ce n’est pas grave de ne pas vouloir une relation D/s, vous pouvez avoir une relation très fusionnelle et très forte avec quelqu’un sans que cette dernière ne contienne aucune composante de Domination/soumission.
L’important c’est l’affection que vous portez à l’autre, pas la manière dont elle se manifeste !

 

Bonus 1 : Les accessoires dans le D/s

Vous les voyez dans les films, dans les photos et dans les bouquins, le D/s comprend souvent des tas d’accessoires plus ou moins onéreux. Des cordes, des menottes, des collier, des laisses, des fouets…

Si les accessoires sont un symbole rituel fort dans le BDSM, ils ne sont pas nécessaires. Un soumis suivra son Dominant, avec ou sans laisse. Un soumis se tiendra immobile, avec ou sans cordes. Inutile de dépenser des centaines d’euro quand vous vous lancez dans le D/s, il peut même être intéressant, pour se découvrir, de tester sans aucun accessoire, de s’entraîner en communiquant, en créant des gestes et des rituels qui ne nécessitent pas d’accessoires.

Bonus 2 : l’aftercare

L’aftercare est le moment privilégié où le Dominant félicite et prend soin du soumis après un événement particulièrement éprouvant pour ce dernier.

Cela peut être un moment de massages, de câlins, de bisous, de caresses. Cela peut aussi être un moment où le soumis préfère rester seul. Il faut cependant s’assurer que c’est bien la volonté du soumis d’être seul, et non une réaction symptomatique d’un problème.

C’est à ce moment là que le Dominant rassure le soumis sur le fait que tout va bien entre les partenaires, qu’importe ce qu’il s’est passé pendant l’événement, la séance ou la scène, les sentiments ne sont pas altérés, le Dominant est toujours là pour son soumis.