Le Safeword

MaddisenShibari+-7

Qu’est-ce qu’un safeword ?

Le safeword est une institution dans le BDSM. On y fait référence dans les films, les livres, les video humoristiques, parfois sans qu’il n’y ait aucun rapport avec le milieu du BDSM.

Le safeword est un mot choisi à l’avance entre deux partenaires BDSM qui permet de signifier que quelque chose se passe mal. De manière générale, c’est un mot qui est à l’usage des soumis (ou bottom), cependant, il peut être, dans certains cas, utilisé par un Dominant (ou un top) pour signifier qu’un problème va interrompre la scène (et que ce n’est pas la faute du soumis).

Le safeword arrête tout, instantanément, et réclame ensuite une discussion pour comprendre ce qu’il s’est passé, des soins le cas échéant et de la bienveillance du Dominant.


A quoi ressemble un safeword ?

Conventionnellement, le safeword est un code couleur comme celui des feux de signalisation. Rouge étant le safeword, orange le slowword et vert le goword. Cependant, il peut prendre n’importe quelle forme, être un peu plus cérémoniel comme “Merci !” ou “Grâce!” ou “Pitié” ou être beaucoup plus repérable comme “Hippopotame !” “Flan à la tomate”.

Souvent, le safeword conventionnel est utilisé en donjon, lors de scène avec des Dominants et soumis qui ne se connaissent pas et vont simplement édicter quelques règles basiques et utiliser un safeword basique aussi.

Quand utilise-t-on son safeword ?

Quand on se sent mal à l’aise ou malheureux : quand la scène est trop déstabilisante, qu’une sensation de malaise persiste et que l’on commence à être tendu, triste et mal dans sa peau. En somme, quand on ne profite de rien parce qu’on ne se sent tout simplement pas bien.

Quand la douleur n’est plus supportable : chacun réagit à la douleur de manière différente et à certains types de douleur aussi. Il y a des endroits où avoir mal n’est pas un problème et des endroits où avoir mal est inconcevable. La douleur peut tout simplement être trop forte et on peut vouloir que la scène s’arrête pour ne plus subir cette douleur.

Quand la douleur est étrange : parfois on peut ressentir une douleur inhabituelle ou gênante, en cas d’inquiétude, on peut utiliser le safeword pour s’assurer que tout va bien, que la douleur bizarre n’est pas le fruit d’un gros problème.

Quand on a peur : il arrive qu’un Dominant fasse peur, qu’il ait une attitude qui engendre la crainte, que l’on ne soit plus en confiance. Il est très important de ne pas hésiter à utiliser un safeword en cas de crise de confiance pour éviter des dommages psychologiques graves.

Un Dominant peut-il ignorer un safeword ?

La communauté est très partagée sur la question. La vérité est dans la diversité : toutes les relations ne sont pas semblables.

CEPENDANT, si le safeword est déterminé dans une relation comme “un mot qui arrête immédiatement la scène pour toute raison” ALORS, le Dominant ne peut ignorer un safeword. Il doit instantanément s’arrêter et être à l’écoute de son soumis, comprendre ce qu’il s’est passé. S’il ne le fait pas, il y a rupture du consentement, c’est une agression (voire un viol si c’est dans le cadre du sexe).

Que se passe-t-il après un safeword ?

Une discussion doit immédiatement commencer. Même si c’est pour que la personne qui a utilisé le safeword dise qu’elle ne souhaite pas discuter et qu’elle préfère rester seule. C’est important de ne pas supposer des intentions ou des sentiments de l’autre et de l’écouter, lui parler.
Trouver la cause du souci permet de le régler. Parfois ce peut être simplement un besoin d’être rassuré et caliné, parfois la suite peut nécessiter des soins assez poussés.
L’utilisation du safeword ne doit pas altérer négativement la relation. Si c’est le cas c’est qu’il est prononcé un peu tard ou que l’autre réagit mal à son utilisation. Il faut régler les problèmes avant de passer à autre chose pour ne pas laisser s’accumuler des non-dits.

Les avantages du safeword

C’est un mot clair et précis : il n’y a pas besoin de se concentrer pour le comprendre, pas besoin de se concentrer pour le prononcer. C’est une façon repérable d’arrêter l’action.
C’est une démarche rassurante en amont : démarrer une scène est moins stressant et moins effrayant car les deux parties savent précisément comment l’autre va réagir en cas de problème. Il n’y a pas besoin de se connaître par cœur, chacun sait que l’autre a un moyen de tout arrêter.
C’est facile à enseigner : c’est une méthode facile à enseigner aux novices. C’est très simple de présenter de BDSM comme une pratique sûre et sécurisée notamment par l’utilisation d’un mot clé facile à mettre en place. En faire une institution, un passage quasi obligatoire dans le BDSM, permet d’introduire en toute sécurité de nouvelles personnes dans le BDSM et de rassurer les curieux sur le fait que le consentement n’est pas brisé.

Les inconvénients du safeword

J’ai personnellement constaté trois tendances que je n’aime pas du tout autour du safeword.

Tendance 1 : mon but est de te faire prononcer ton safeword

Le safeword je n’ai jamais compris comment ça pouvait être un “but” un “objectif” aller pousser les limites de la soumission pour essayer d’atteindre le malaise… Je ne comprends pas l’intérêt. Je ne vois pas en quoi il est positif d’amener l’autre à avoir peur, se sentir mal ou avoir mal au delà de ce qu’il ou elle est capable d’endurer.
Même si je comprends tout à fait la volonté de repousser ses limites – et je peux tout à fait concevoir que certains y voient là le cœur de leur démarche BDSM – il y a d’autres méthodes que celle de pousser au safeword.
Surtout que cela peut donner la mauvaise information : un safeword n’est pas toujours prononcé pour la même raison.

Tendance 2 : Si je dis mon safeword c’est que je n’encaisse pas assez, je ne suis pas un(e) bon(ne) soumis(e).

La tendance 1 engendre la tendance 2 à bien des égards. Si le but du Dominant est de me faire crier mon safeword, c’est un défi pour moi de le prononcer le plus tard possible, même si cela signifie avoir des séquelles terribles à la suite de cela.
Mais cette tendance existe aussi chez des subs dont le Dominant n’est pas dans une démarche de pousser au safeword. Le perfectionnisme est un défaut très commun chez les soumis. Ils souhaitent alors être les plus dociles et les plus résilients possibles pour satisfaire leur Maître et préfèrent se mettre en danger qu’être un frein à la satisfaction du Dominant.
Ce que les subs oublient souvent, que ce soit dans une scène de 1 heure ou en 24/7, le soumis appartient au Dominant, et prendre soin de ce qui appartient à son Maître est une règle primordiale.
C’est, pour moi, un manque de respect total vis à vis de son Dominant, de prendre des risques avec soi-même.

Tendance 3 : il ou elle n’a pas dit son safeword, comment je pouvais savoir que ça n’allait pas ?

C’est pour moi la pire tendance engendrée par l’institutionnalisation du safeword. Avoir un safeword ne signifie pas qu’il faut oublier l’autre pendant une séance ou une relation.
Un sub qui sanglote, qui tremble, dont les mains se crispent et ne relâchent pas, qui rompt de lui même le contact visuel, qui fuit ou rend les coups, qui devient agressif, un Dominant qui connaît son sub n’a pas besoin d’un safeword pour comprendre que ces gestes sont inhabituels et anormaux et qu’il faut probablement ralentir ou chercher à comprendre ce qui ne va pas.
Alors, CERTES, les relations BDSM ça peut être très violent et très dur, évidemment qu’un sub réagit au bout de 25 coups de fouet, mais dans un nombre incalculable de situations, le sub peut se sentir trop diminué pour parler, peut avoir peur de passer pour un mauvais sub…
Si en lisant ces mots vous vous dites “olala mais lol tellement dur de repérer ça pfiou”, eh bien vous n’êtes probablement pas Dominant, et c’est ok, du moment que vous ne vous faites passer pour ce que vous n’êtes pas, tout le monde sera en sécurité !

Pourquoi je n’ai pas de safeword dans ma relation D/s 24/7 ?

Enfin l’étape où je parle de MON avis.

Le safeword est un concept que je n’utilise pas. Ce n’est pas un conseil, juste un fait, je n’ai pas besoin de safeword. S’il m’arrivait d’être bâillonnée, nous conviendrions sans doute d’un safe gesture (un mouvement qui montre que quelque chose ne va pas), mais, le reste du temps, je n’en ai juste pas besoin.
Loin de moi la prétention de ne jamais avoir envie qu’une scène se termine ou s’interrompe parce qu’elle va trop loin ou qu’elle est trop dure ou inconfortable pour moi, mais dans ce cas dans la majorité des cas, mon Dominant s’en rend compte, et, lorsqu’il ne s’en rend pas compte, je lui dis simplement que quelque chose ne va pas.
Mon ton n’est pas le même, ma façon d’agir n’est pas la même, il est évident que quelque chose ne va pas. C’est une sorte de safeword en somme, mais un peu plus « détaillé » puisque j’explique sur le moment mon problème.
J’ai récemment demandé à mon Dominant si cela lui posait problème, s’il avait peur d’aller plus loin lors de certaines scènes parce que je n’avais pas de safeword, et il m’a répondu que non, que je saurai me faire comprendre.
Il en va de même pour le slowword (un mot qui dit, en gros “là ça va encore, mais on est pas loin de ma limite”).

Quant au goword, ce mot qui est censé signifier que la scène peut reprendre, ça n’existe tout simplement pas dans une relation D/s 24/7. Le soumis n’a pas à réclamer qu’une scène reprenne, il n’a pas à donner un ordre à son Dominant. Si la scène doit reprendre c’est que le Dominant veut qu’elle reprenne, et dans ce cas, il n’a pas besoin de goword, il lui suffit de donner des directives. Si le soumis va mieux, il lui suffit de dire « ça va beaucoup mieux » pourquoi inventer un terme là dessus ? 

Je ne souhaite pas qu’il y ait de safeword car je veux que principalement ma relation soit basée sur la communication. Que nous parlions, vraiment, et pas à travers des formules et des codes. Nous sommes des adultes, nous pouvons nous comprendre et la confiance passe aussi par le fait de savoir que l’autre est à l’écoute.

Conclusion sur le safeword

Si vous êtes novice, c’est un très bon outil. Il est indispensable dans la plupart des relations qui débutent ou dans les scènes ponctuelles.
Il peut être très repérable, il peut être classique, ça peut être tout simplement utiliser le prénom de votre partenaire à la place de son titre.
Il peut être utilisé pour n’importe quel problème, du mal-être à la blessure, et nécessite ensuite une conversation après une pause bien méritée !