Mon Asexualité et pourquoi le BDSM ?

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Cet article est inspiré par une question curiouscat ! N’hésitez donc pas à m’y proposer des sujets d’articles, vous voyez, ça fonctionne !

DISCLAIMER : c’est NSFW, c’est pas pour les âmes sensibles, c’est pas la bonne « méthode » pour se découvrir, c’est pas DU TOUT la manière sûre, saine et consensuelle de faire les choses, cela relate mes erreurs de jeunesse ! A ne pas prendre pour un guide s’il vous plaît !

Introduction

J’ai rencontré A en 2012 sur un tchat. Les tchats ça n’était plus trop à la mode à cette époque, un reliquat de la grande période où AOL avait encore un FAI en France, où Alice fournissait de l’ADSL, où ton moteur de recherche et ta boîte mail étaient respectivement Lycos et Caramail, où ton adresse hotmail était en .com (et c’était grave la honte si tu l’avais en .fr). Moi je n’avais jamais quitté les tchat et autres IRC, je trouvais ça cool, anonyme, simple. Je naviguais entre les onglets des conversations qui s’ouvraient rapidement (être une fille sur Internet, c’est la même chanson depuis sa création) « Plan cam ? » « Cam ? » « Skype ? Cam ? », je fermais les fenêtres une à une, me demandant pourquoi tant d’individus me confondaient avec une femme appelée Camille, quand tout à coup, je tombais sur un message qui semblait m’être adressé !
Il parlait de petites choses présentes sur mon profil, de ma photo, des conversations que j’avais sur le canal public. Il m’envoyait aussi une video de lui. J’hésitais avant de cliquer, mais le lien semblait être un lien YouTube, peu de chance qu’il s’agisse de son pénis ! C’était une vidéo de quelques secondes de lui en train de chanter du Britney Spears, la guitare à la main. Il était plutôt mignon, il chantait bien et il était drôle. J’ai continué à parler avec lui pendant des heures.
S’en sont suivi 3 semaines de relation à distance complètement platonique. Aucune conversation sur le sexe, pas d’allusions, pas d’expression d’envies ou de désir. Je me sentais libérée de cela. J’avais un copain à l’époque qui me mettait la pression pour que l’on ait des relations sexuelles souvent alors que je n’en avais pas du tout envie, j’étais saoulée du sexe, j’avais essayé.

Pour comprendre mon état d’esprit, petit trajet dans le passé. 

Avant que je mette des mots sur mon Asexualité

J’avais toujours cru que j’étais faite à l’envers. Lorsque mes copines me montraient un mec en me disant « olala luiiii » je répondais « heu bah luiiii il a deux bras deux jambes et il copie sur moi en contrôle de Maths et donc ? » « mais ! Il est trop sexyyy » « ah. ah bon. ». J’étais la rabat-joie de service, l’aveugle qui n’y comprend rien et qui passe pour une idiote. Alors j’ai commencé à imiter mes copines, je suis devenue très empathique durant cette période. J’observais avec attention le « type » de personne que mes amies trouvaient attirantes, puis je me plaçais dans la même optique qu’elles. « Eh ! Regardez lui ! Oulala il est sexy ! » mes copines étaient contentes, j’étais des leurs, on pouvait passer nos récrés assises sur un banc à « matter » des mecs (gosh que j’ai pu perdre du temps dans ma jeunesse…). Mais tromper mes copines ne me trompait pas moi-même. Lorsque l’une d’entre elles s’est révélée être lesbienne, je me suis demandée « Ah bah zut, j’ai fait semblant d’être attirée par les garçons, alors qu’en fait depuis tout ce temps il fallait que je regarde ailleurs ! » Etait-elle là la solution ? Matter au loin les « bogoss » du collège alors qu’en fait sous mon nez se trouvaient les créatures excitantes qui me manquaient ? Nope.
Dernière conclusion : il fallait absolument que je couche avec quelqu’un pour comprendre (décidément, la jeunesse). Plus vite je me débarrasserais de ma virginité, plus vite s’ouvrirait à moi le monde des étoiles dans les yeux, des petits culs qui donnent envie et des comparaisons « taille de nez/ taille de pénis ». En colo, l’été suivant, c’était chose faite. J’attrapai le premier neuneu que je croisais (Rémi, 13 ans) et, maladroitement, nous nous accouplâmes.
J’attendais le déclic, il ne vint pas. Nouvelle conclusion : il faut d’abord que j’aime quelqu’un, puis que nous faisions l’amour, puis enfin les hommes m’attireront. Que voulez-vous, je suis une coriace, j’abandonne pas comme ça !

Plus tard la vie fit que je passais 3 ans avec un garçon durant tout le lycée, meilleur ami, complice de fricotage, nous nous tenions la main (j’adorais ça) et nous nous embrassions (il embrassait exactement comme j’avais rêvé qu’on m’embrasse) et il rendait l’idée de copuler romantique avec des textos torrides « Le dernier obstacle à la complétion de notre Amour est la jonction de nos deux sexes, alors nous ne ferons plus qu’un et nous nous aimerons, totalement. » (je vous jure que c’est vrai, j’étais une gamine très littéraire et lui aussi). Alors il me prenait dans les toilettes de la piscine (oui j’étais en internat militaire donc les possibilités étaient limitées), et je ne ressentais rien. Mais comment était-ce possible ? Je l’aimais ! A EN CREVER. C’était l’HOMME DE MA VIE. Pourquoi le sexe c’était pas un truc cool ? Pour ne pas le perdre j’ai tout donné, nous avons tout testé ensemble, sodomie, pegging, fellation, cunnilingus, dans toutes les positions, dans des lieux insolites (et dans des endroits publics oulala ces jeunes fous !). Rien à faire. J’ai vite, très vite, appris à simuler et à ignorer la douleur d’une pénétration sans lubrification.

Un été, il revient au lycée, et me dit qu’il se sent prisonnier de notre relation car il est attiré par d’autres filles mais il ne peut pas assumer ses désirs car nous sommes en couple. Je tombe de très très très haut. A l’époque je suis la petite amie idéale. J’aime le cinéma, je regarde du porno, je fais beaucoup de sexe, je traîne avec les garçons, je me moque des autres filles, je suis intelligente mais pas menaçante, j’ai un avenir mais je n’enchaîne pas mon copain en lui disant que nous serons toute la vie enseeeemble. Bref, un petit régal cette petite Lauriane. Pourquoi voudrait-on aller en trouver une autre ? Je suis dubitative. Nous n’avons pas une seule dispute à notre actif, nous sommes complices, nous communiquons (si bien qu’il me dit qu’il désire d’autres filles quand même, il m’a parlé AVANT de faire une bêtise, vous rendez-vous compte ?), nous nous aimons. J’avais 17 ans et je réussissais mieux cette relation que je ne suis parvenue à équilibrer les suivantes, et pourtant, mon copain voulait aller voir ailleurs, une fille qu’il avait vue. A laquelle il n’avait pas parlé. Qui lui avait donné son numéro. COM-MENT ? POUR-QUOI ? J’étais prête à tout entendre, à savoir ce qu’elle avait de mieux que moi, mais elle n’avait rien, elle n’était personne, il était juste attiré. Moi ? Ca ne m’était pas arrivé une seule fois, même lui ne m’attirait pas, je le trouvais juste symétrique, et grand, ce qui est pratique pour les câlins. A 17 ans, je me lance dans une relation libre, parce que je n’imagine pas vivre sans lui mais que je conçois que ces « attirances » soient irrépressibles, de toute façon, comment pourrais-je savoir ? Je lui fais confiance. La vie nous sépare. Je déménage à Paris. Il vient me rendre visite, nous faisons l’amour, pendant l’acte, il met sa main autour de mon cou. Je souris, je sens quelque chose se déclencher en moi, ça m’excite. Il finit, me laisse pantelante et s’en va. Je ne l’ai jamais revu, mais la vie m’envoyait quelques indices.

Pendant 2 ans de vie parisienne débridée, libérée, j’avais tenté, j’avais enchaîné les mecs pour m’assurer que rien ne clochait chez moi. Au bout d’un moment, j’allais bien finir par rencontrer le bon non ? Un mec qui me donnerait ce que je voulais sexuellement et qui, DU COUP, éveillerait enfin chez moi cette « attirance sexuelle » dont tout le monde parle à tout bout de champs ! Je n’avais absolument pas fait le lien « strangulation / lubrification », je ne me posais pas de questions, je me disais juste que ça allait bien finir par fonctionner.

Voilà donc mon état d’esprit en 2012.

Ma première fois BDSM

3 semaines à discuter de tout sauf de sexe, donc. Il est charmant, il me fait rêver, nous sommes complices et cela me rappelle le lycée, me faisant réaliser qu’on peut avoir plusieurs Amours dans son existence, me redonnant espoir. Il me dit qu’il veut me voir, je lui dis que je veux le voir (avec cette conscience qu’il y aura du sexe, parce que… eh… c’est comme ça que ça marche et je suis bien formatée), je saute dans un train, je largue mon mec par texto (quand je vous disais que cet article n’était pas un guide) et j’arrive chez lui, paniquée.
Nous parlons pendant des heures de philosophies, de mathématiques, de la vie, des voyages, il est 4 heures du matin, il va devenir difficile pour moi de ne pas m’endormir au milieu de nos conversations. Un long silence s’installe. « Tu es stressée ? », j’ai le coeur au bord des lèvres, je lui dis que je ne suis pas sûre d’avoir envie de coucher avec lui. Pas parce que je ne l’aime pas, pas parce que je ne le trouve pas beau, mais parce juste, je crois que je n’aime pas trop ça.
J’attends sa réaction, je me dis qu’il va sûrement me traiter d’allumeuse. Me dire « pourquoi tu es venue si tu ne voulais pas ça ? ». Il me sourit et il me dit « On va tenter un truc, tu me diras. OK ? ». Je ne suis sûre de rien mais sa voix me donne confiance.
 » Mets toi à genoux.  » je m’exécute, naturellement, sans me poser la moindre question, sans l’ombre d’une hésitation. Il prend mon foulard, le plie soigneusement, et le met autour de ma tête de manière à me bander les yeux. « Relève toi », j’obéis. L’autorité dans sa voix est une chose qui s’ajouter à  lui. Comme s’il avait un modificateur de voix, je sens nettement la différence de ton, de longueur d’ondes presque. Il commence à me déshabiller, ses gestes sont assurés et précis, il sait ce qu’il fait et cela m’électrise. « Tu es mon jouet, je n’ai pas vraiment l’intention de te demander ton avis, tu obéis ou tu subis les conséquences. C’est clair ? En cas de vrai problème, et je parle pas d’un petit pincement ou d’une envie de faire pipi, en cas de vrai problème, tu as le droit de m’appeler « Jimmy » et je m’arrêterai. C’est compris ? » Je hoche la tête. Je n’ai aucune idée de ce qu’il se passe mais je suis excitée pour la première fois de ma vie, trempée, dans l’attente anxieuse, j’ai envie de sexe.
La suite c’est des trucs cochons, y’a eu des cordes, de la cire, du fouet. Enfin plein de trucs sympatoches qui font du mal et du bien à la fois. Et le premier orgasme de ma vie quand, après d’interminables heures à ne pas me toucher, sa langue a touché mon clitoris.
Il ne m’a pas pénétrée, ne s’est pas concentré sur mon sexe et ne m’a laissé aucun choix. A sa merci j’étais libre de mon plaisir.
Voilà pour ma première fois BDSM.

Ensuite nous avons eu une relation D/s 24/7 par hyper cadrée, et il un jour il est parti et la relation n’a pas continué à distance.

Ma deuxième relation BDSM 

Encore un peu dur pour moi d’en parler.
Après A, j’ai eu du mal à penser à autre chose que ce type de relation. Quand j’en ai parlé à une copine de l’époque elle a eu une réaction de dégoût, m’a expliquée que j’étais malade et que fallait que j’assainisse mes relations avec les mecs. Rien à faire, le BDSM ne sortait pas de ma tête. Je voulais ça, je m’en foutais d’avec qui, le mec n’avait pas d’importance, j’avais laissé tomber définitivement ces histoires d’attirance sexuelle, ça m’importait vraiment peu, je savais ce qu’il me fallait pour décoller. J’ai fouillé les internets, j’étais sur toutes les catégories les plus hardcore de porn, je voulais, ça, avec n’importe qui.
Je n’étais pas renseignée, pas éduquée, pas instruite. J’avais juste eu de la chance de tomber sur un bon Dominant dès le départ, sans chercher. Quelqu’un qui ne m’avait pas brusquée, qui m’avait offert un safeword, qui avait pris soin de moi et qui m’avait guidé. Je suis partie du principe qu’ils étaient tous comme ça. Oh… Pauvre enfant.
R est rentré dans ma vie par un site de rencontre. Il fait partie de ces gens qui croient être Dominant parce qu’ils utilisent la force et qu’ils peuvent faire tout ce qu’ils veulent. Bilan : il a failli me tuer ( quand je vous dis que le BDSM c’est dangereux, je ne dis pas ça comme ça).

L’arrêt du BDSM 

Après ça, j’ai décidé d’arrêter définitivement. C’était en 2013. Je suis allée me réfugier dans une relation vanille. Je suis retombée dans mes travers, impossible d’être excitée, pas d’envie, la pression, l’injonction au sexe. Mais bon, j’enterrais tout ça en me disant « ça pourrait être tellement pire ».